"Quand on dessine, on endort les mots dans sa tête"
Cet artiste plein d’humour, accessible, généreux, qui ne s’arrête jamais.
Il a publié plus de 150 bandes dessinées, dont le célèbre Chat du Rabbin, mais aussi des romans, des livres d’art, il a réalisé des films, dont celui sur Gainsbourg, adapté plusieurs de ses œuvres à la télévision et au cinéma, il joue enfin du ukulélé et il réfléchit et s’interroge sur tout et en permanence. J’ai rencontré Joann grâce à son engagement et ses activités militantes liées au 7 octobre et j’ai découvert lors de l’exposition qui lui est consacrée au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, qu’il a commencé à dessiner à la suite de la mort de sa mère, lorsqu’il avait 3 ans et demi et que son père lui a dit qu’elle était partie en voyage.
Si j’interviewe Joann aujourd’hui, c’est parce que ses œuvres démontrent une chose dont je suis convaincue, que l’écriture - et le dessin - sont une ressource thérapeutique extraordinaire. Et puisqu’il n’y a pas de hasard, Joann vient tout juste de sortir sa dernière BD « Les Idolâtres », dans laquelle il retrace son parcours depuis le décès de sa mère et explique comment il a fait de sa passion son métier, en répondant à ses questions et en remplissant ainsi les cases vides de ses bandes dessinées.
Joann Sfar a perdu sa mère lorsqu’il était tout petit, son père lui a dit qu’elle était « partie en vacances ». Ce n’est qu’à 5 ans que son grand-père maternel lui révèle la vérité.
Joann Sfar raconte – pendant qu’il est en train de dessiner un chat – qu’il a toujours dessiné. Il dessine en permanence, avec un stylo mais aussi « mentalement » lorsqu’il n’a rien dans les mains, et toujours dans le bruit ou grâce à l’ambiance dans laquelle il se trouve.
Le dessin, explique Joann, est le lieu où l’on contrôle l’apparition des figures, donc on décide le dénouement de l’histoire. Le dessin est un lieu de ressource apaisant pour lui, et il lui est apparu comme une réponse à l’absence maternelle. Moi pour qui l’écriture a été une ressource majeure dans mon parcours de deuil, j’étais curieuse de savoir si elle se rapprochait du dessin pour mon invité. « Pas exactement » me répond Joann, car dans l’écriture il y a un début, un milieu et une fin.
La mer Méditerranée.
Alain Chabat : « Chaque matin tu te réveilles et tu décides, soit tout est grave soit rien n’est grave. Et il vaut mieux choisir que rien n’est grave. »
Son agent : « Travaille sur la chose qui te donne envie de te lever le matin. »
Ses guitares.
Les bandes dessinées (particulièrement celles d’Hugo Pratt).
Ses enfants et… le Chat du Rabbin !
Elles apportent une certaine lucidité.
Le dessin (même si on n’est pas dessinateur). Chacun devrait avoir un carnet dans lequel dessiner.
« Brooklyn by the sea » de Mort Shuman.
Le but du dessin n’est pas de faire du « beau » mais d’observer ce que l’on voit. Je vous invite, comme moi, à suivre cette recommandation et peut être à vous approprier le dessin comme nouvelle ressource.
J'ai pris le temps d'observer ma fille, de la regarder lire, de constater sa façon de croiser et décroiser ses jambes (le tout, avec émotion).
Courez voir la merveilleuse exposition « Joann Sfar, la vie dessinée » jusqu’au 12 mai 2024 au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, 71 rue du Temple à Paris 3e.
Sa dernière BD « Les Idôlatres » est un véritable travail d’introspection sur le dessin. Elle donne les clés du Chat du rabbin car le Chat du rabbin est un être qui fait partie de la famille mais qui n’a pas le droit à la parole, c’est l’enfant à qui on n’a pas encore dit que sa mère était morte.
Et si vous aussi êtes curieux de savoir comment est né le Chat du Rabbin, écoutez l’épisode sur linktr.ee/noemie.ressources. Et retrouvez l’itw vidéo dans son intégralité sur Youtube.
D’autres ressources sur le deuil dans les épisodes suivants :
Enrico Macias, la musique, une passerelle pour transcender les épreuves.
Perla Servan Schreiber, la musique des mots au service du deuil.
Anne-Laure Versavau, convertir le deuil périnatal en une force.
Meryll Aloro, quand la mort ramène à la vie.
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